André Buffière de l'ASVEL

Publié le par Jean-Marie Tartane


Interview Jacques Monclar
Il est pratiquement impossible de distinguer le meilleur entraîneur français de basket-ball.
La France dispose depuis 1943 d’une véritable école d’entraîneurs qui organise depuis cette période un diplôme via des stages, dont je vous signale à nouveau que c’est Marcel Béziers, notre coach de l’ASPTT, qui en fut le 1er major de promotion .
Néanmoins, s’il fallait sélectionner les meilleurs, il conviendrait en prenant le double critère discriminant du nombre de champions formés et de titres nationaux obtenus, de dire qu’André Buffière est le meilleur coach des années 60’s et 70’s.

André Buffière est né en 1922. Dans la foulée d’un premier titre national désignant d’ailleurs le premier champion de France, avec l’ASVEL en 1948 et 96 sélections, il dispute les fameux et brillants Jeux Olympiques de Londres en 1948 , où il obtient contre toute attente du monde médiatique français, la médaille d’argent derrière les déjà inamovibles américains , coachés par le légendaire Adolph Rupp dont Legendedubasket parlera en 2007.
Sa carrière de coach débute et finit « pied au plancher » .avec 9 titres obtenus dans les années 60’s et 70’s dont plusieurs consécutifs en 1968-1969, mais aussi des titres en 1966, 68, 75, 77 et enfin en 1981, année de l’arrêt de ses activités .
C’est cette année-là que Jacques Monclar, meilleur marqueur, passera entre ses mains pour améliorer s’il était encore nécessaire, ses qualités basketteur. .
Sa perle est donc l’ASVEL qu’il a hissé dans la succession de Georges Darcy, son prédécesseur, parmi les meilleurs équipes d’Europe qui produisait le plus beau basket de cette période, phénomène accentué par le fait que l’ASVEL, ne disposait pas de joueurs de grandes tailles (aux alentours de 2,05m), ce qui contraignait davantage les Verts à produire un basket inventif.
Le nombre de vocations d’entraîneurs que Bubu a fait naître est par contre lui aussi,absolument impossible à chiffrer.
Pratiquement tous les joueurs, futures stars ou pas, qu’il a formés dans les nopbreux clubs où il est passé outre l’ASVEL, sont devenus de grands ou très honorables coachs, d’ailleurs souvent champions de France en première division ou ailleurs. Parmi eux, Monclar (Antibes 89 et 95),), Purchiser (Le Mans 82), mais aussi Senegal (Vichy) etc..etc…
On parle de « la patte » Buffière.


Jacques Monclar (200 sélections en équipe de France de 1978 à 1988), aujourd’hui grand manitou à Dijon où il a mis sur orbite « Barcklouba » Yacouba Diawara, aujourd’hui aux Denver Nuggets en NBA, fait partie des quelques basketteurs de haut niveau qui ont eu le privilège d’être drivés par André Buffière… une légende du basket des années 60’s et 70’s.

Avec sa classe et sa gentillesse toujours intactes malgrè les résultats, titres et honneurs, 35 ans après notre première rencontre sur un terrain de basket-ball, alors que nous étions minimes, Jacques a bien voulu nous parler d’André Buffière et ainsi de répondre aux questions de Legendedubasket, ouvrant en quelque sorte notre série sur les grands coachs français.


LGDBK : » Jacques, racontes-nous ?
Quelles ont été tes sensations quant tu a su que ce serait André Buffière déjà plusieurs fois champion de France dans les 60’s et 70’s , ton coach, toi qui venait du Racing Club de France, un club moins conquérant du championnat de 1ere division ?
Avais-tu une vénération comme beaucoup de jeunes joueurs vis à vis d’ «un monstre sacré » du basketball ?
Jacques Monclar : » Je l’avais déjà connu à l’école du basket de 6 à 10 ans. Je savais à qui j’avais affaire. Il était déjà vainqueur de 6 titres de champion de France comme coach de la grande ASVEL , médaillé aux Jeux Olympiques (96 fois international) etc…
Je l ’ai donc eu à nouveau,à l’age de 21 ans, après ma carrière au Racing. C’est un homme que j’ai toujours infiniment respecté. Et aujourd’hui encore, à presque 50 ans, je continue à le vouvoyer.
Je savais que c’était un grand monsieur dont la réputation n’était plus à faire. Il avait déjà formé des joueurs de grande classe comme Jacques Cachemire (au SA Lyon). Alain Gilles, Eric Beugnot(Le Mans), etc..
(Ndlr : la liste est bien plus longue, puisqu’il manque Jean-Michel Sénégal, Patrick Demars et bien d’autres).
J’ai gagné le titre de champion de France, l’année précédent son départ pour Limoges. Dans mon équipe jouait Philipp Szanyel (Zaza), Alain Vincent, Daniel Haquet, Bruno, Servolle Larrrouquis (transfuge d’Orthez), Ted Evans etc…
Il était bien entouré avec des hommes comme Jacques Sapin, aujourd’hui disparu.

LGDBK : »Quel était son type de managérat ? »
JM :Son managérat était autoritaire mais quelquefois il étais capable de s’adapter aux circonstances et d’infléchir ses plans.

LGDBK : Comment étaient ses entraînements ?
JM : »Ses entraînements étaient très organisés, et pourtant il n’y avait pas un tas de livres et de revues sur sa table de travail. A l’époque, il n’y avait pas comme aujourd’hui des bureaux dans des salles spéciales pour le coach.

LGDBK :Quels étaient ses dominantes lors des entraînements ?
JM : « On travaillait avec insistance sur les fondamentaux, essentiellement alimentés de matchs quatre contre quatre, de tirs à trois points et de beaucoup de travail sur le jeu à l’opposé du ballon »..(le jeu à l’opposé du ballon est la dominante de l’époque et aujourd’hui est un acquis chez tous les coachs).

LGDBK :L’ASVEL était connue pour disposer de joueurs de taille plus petite que ses adversaires directs (Caen, Le Mans, Tours etc…), qu’en était-il ?
JM : « C’est vrai qu’il n’y avait que peu de géants, donc il travaillait l’ingéniosité et l’originalité des systèmes offensifs et défensifs. Quand l’ASVEL gagnait, c’était du beau basket !(sic) »

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LGDBK : Avait-il à ton avis, un génie pour l’entraînement ?
JM : »Il n’était pas vraiment un génie car il n’existe pas de véritable génie dans le coaching en France, mais il avait un don pour le coaching qui comprend l’entraînement et le managérat ».

LGDBK :Comment était-il après une défaite ?
JM : »Après une défaite, il s’arrangeait toujours pour vous dire vos quatre vérités, un moment ou à un autre » .
Ndlr : Là dessus, Bubu ressemblait à Branch Mc Cracken dit Big Mac.

LGDBK : Tu as eu Alain Gilles comme partenaire. Y avait-il une rivalité plus ou moins évidente entre eux-deux ou était-ce une simple et saine émulation ?
JM : »Ses relations avec les personnalités de son équipe étaient faites de respect, même si avec certaines il était capable de faire des compromis afin de s’adapter au caractère des fortes personnalités afin de s’entendre sur « Leur » (Jacques insiste) basket. »

LGDBK :Qu’appréciais-tu le plus dans ses entraînements ?
JM : »J’appréciais l’ensemble de son entraînement et pas particulièrement telle ou telle partie. »

LGDBK :Après les victoires qui furent nombreuses sous les ordres de Buffière, aviez-vous droit comme on a pu le voire à Paris durant les 90’s, à des matinées offertes (sans entraînement) ?
JM : »Après les victoires, on n’avait pas des récompenses du genre " entraînement qui saute" , au contraire c’était le prétexte de continuer voire intensifier l’entraînement. »
Merci Jacques et au mois de février, ce sera ton tour comme Grand Coach des années 80's et 90's

(1) Voir « Pour une histoire du basket français « Tome 1 par Gérard Bosc. Editions Vigot
(2) La liste est non-exhaustive : Alain Gilles, Jacques Cachemire, Patrick Demars, J M Sénégal, Magnin, Roediger puis Monclar, Szanyel, etc..etc…
(3) Principalement les joueurs (dont les Fabulous Five) de Kentucky Wildcats), doubles champions universitaires plus Bob Kurland, et 2 joueurs de Phillips Petroleum, la companie qui les employait.
(4)Diawara a le look et le style à Charles Barckley, la star du basket NBA des années 80’s et 90’s.
Toutes les photo proviennent de L'equipe Basket Magazine

 

Publié dans Grands Coachs

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