Gomelski story

Publié le par Jean-Marie Tartane

-------------------------------------------------

 

Vendredi 25 aout 2005,
Adieu Aleksandr Gomelski et spaciba (merci)

Gomelski story

 


Je suis triste, encore une fois cette année un grande personnalité du coaching est parti rejoindre les dieux du basketball ;
Intronisé au Basketball Hall of Fame en 1995, Aleksandr Gomelski,  (au centre, en civil,  sur la photo), le père du basketball soviétique, le plus grand entraîneur russe de tous les temps, est mort à l’age de 77 ans, le 17 août, par un triste matin d’été .

Il y a des moments où des grands de ce monde en général et du sport en particulier, disparaissent et n’ont pourtant pas eu les éloges que non seulement, méritent leurs résultats et carrière , mais aussi leur impact sur leur sport dans leur pays et même au niveau mondial .
Après un flash-bak sur ses meilleures réalisations, je ferai un zoom sur ses réussites en Euroligue, une des plus terribles compétition qu’Alexandre Le Grand, disputa dans sa longue carrière nationale et internationale.

Est contre Ouest, argent contre or:
Les relations que la politique a imposé aux relations est-ouest, durant les années 60’s,70’s et 80’s, nous ont par la force des choses, toujours fait passé les héros de l’ex-URSS pour des personnages de second plans
C’est bien dommage car le sport devrait être apolitique et le regard que nous devrions avoir sur les personnalités sportives notamment de l’ex-URSS , devrait être frappé d’admiration.
Quelquefois
Je vais tenter d’y remédier et vous raconter la vie et l’œuvre du plus grand technicien du basketball d’Europe, le vieux continent, à parité avec celle des grands d’Outre Atlantique comme Red Auerbach (Boston Celtics Russeliens) , Red Holzmann (New York Knicks Bradleyiens) dans les années 60’s ou Phil Jackson (Chicago Bulls Jordanniens et Los Angeles Lakers) dans les années 90’s et 2000’s.
Car par son talent, le Colonel Gomelski (490 victoires contre 177 défaites soit 73,5% de réussite), se situait pourtant donc, bien devant d’autres icônes européennes de l’entraînement comme les italiens (Gamba,..), espagnols (Pedro Ferrandiz et Antonio Diaz-Miguel…) et même et surtout ennemis intimes de la non-alignée Yougoslavie du Maréchal Tito : Aleksandr Nicolic, surnommé « le père du basket » du coté de l’Adriatique et enfin Bozidar Maljkovic le « géniteur » des Tony Kukoc, Dino Radja et Limoges’93.

Gomelski est l’homme qui provoqua des cauchemars à de nombreuses équipes et coachs ouest-européens, par la justesse de ses analyses et stratégies judicieuses pour gagner malgré des joueurs rarement meilleurs individuellement que ceux de l'Europe de l'Ouest ou du monde occidental
Il leur a gagné depuis 1958, au nez et à la barbe, les trois premières coupes européennes (appelées aujourd’hui Euroligue) et bien d’autres trophées par la suite, lors des nombreuses finales auquel participèrent les deux œuvres de sa vie : l’ASK Riga et le club de l’armée rouge, le grand CSKA Moscou d'une part (19 fois champion d’URSS) et l'équipe nationale soviétique de basket ball, d'autre part.

L'or olympique...enfin:

La médaille d’or aux Jeux Olympiques, qu’il disputera 5 fois, et qu’il arracha aux USA sous les yeux effarés de sa majesté Magic Johnson en 1988,(Gomelski à coté de Volkov à Séoul en 1988) seize ans après son compatriote coach soviétique, Wladimir Kondrachine, est restée en travers de la gorge de l’Oncle Sam, et contraindra les américains à aligner comme ses adversaires, désormais des professionnels (de NBA) pour ramener au bercail (dorénavant et pour toujours ?), le trophée symbole et bien national pris en otage par les maudits communistes .
Les USA auront aussi donc, une larme aux yeux à l’idée que le «Colonel communiste » les humilia en terre de Corée (revanche sur la guerre perdue ?) en 1988 lors des J O de Séoul, en glanant de main de maître la médaille d’or devant les pourtant futures graines de stars NBA (Robinson, Mourning…) avec comme joueurs les détestés (par Moscou) mais talentueux lituaniens que sont Arvidas Sabonis, Sarunas Marciulanis et Vladimir Komitchus.
L’œuvre de Gomelski est colossale et aussi inscrite à l’encre indélébile donc pour l’éternité, dans la mémoire collective de ses heureux élèves et admirateurs grâce notamment à la dizaine d’ouvrages techniques de qualité qu’il a écrits et la trentaine de stages (clinics) qu’il organisa toute sa vie durant, en terre d’Europe (Espagne, France, Grèce Bulgarie, Tchécoslovaquie, Allemagne) et d’ailleurs (USA, Australie, Israël, Philippines , Corée) .

Sa carrière jalonnée d’exploits cités précédemment, s’étend donc sur quarante années, je vais vous la faire découvrir à coup de serpe forcément, en tentant de la résumer à ses caractéristiques qui semblent être à mes yeux, ses premiers exploits en Coupe d'Europe (Euroligue) au début des 60's, et la mise en place de la grande équipe d'URSS au début des années 70's.


Né au fin fond de la Russie, terre communiste et à un autre age du basketball :
Il était né le 18 janvier 1928, dans un petit village du nord-ouest du fin fond de la Russie appelé Kronstadt, et se décida dès l’age de 17 ans à consacrer sa vie à l’entraînement du basket-ball .
Ce sport n’était pas inconnue à cette époque où la Révolution communiste russe de Lénine n’avait qu’une dizaine d’années, et où pourtant un sport américain comme le basketball, symbole du capitalisme honni, aurait dû être pourchassé ;
Principe oblige.;

C’est un des heureux paradoxes de la Russie communiste, et c’est heureusement pas le seul et le dernier, puisque la terre de Lénine fut la première d’Europe où s’installa le « global game », basketball, en l’occurrence la Lituanie, cela grâce à un disciple-élève de James Naismith, qui y retourna une fois son diplôme obtenu.

Après avoir obtenu à son tour, en 1945 son diplôme d’éducation physique, spécialité « entraînement » à Leningrad (aujourd’hui Saint Petersbourg), le jeune Sacha (diminutif de Aleksandr en russe), devint coach scolaire entre 1945 et 1948 , époque durant laquelle il appliqua scientifiquement et rigoureusement, ses certitudes théoriques apprises sur les bancs de l’université.
Comme il le fera plus tard .
Le jeu à Gomelski sorte de ArturoToscanini de la grosse balle orange, était réglé comme un concert de grande musique où l’on jouait une espèce de partition que les adversaires devaient enrayer pour ne pas prendre des raclées légendaires, grâce à une ingéniosité dont seules quelques équipes occidentales (comme l’Espagne ou l’Italie) pouvaient disposer en elles.

A cette époque des années 40’s, son pays n’était encore qu’un faire valoir dans les compétitions internationales de basket-ball dominées par les pays d’Europe et même d’Afrique ou Moyen-Orient (Syrie, Liban).
Le basket-ball, futur géant en croissance, mais à la taille d’un enfant, se jouait avec des gros ballons de cuir et des chaussures en toiles qui vous laissaient après le match, les chevilles dans un état proche de la compote qui sortait des pots de votre grand-mère adorée et les techniques d’entraînement étaient on ne peut plus rudimentaires.
Alexandre « le Grand » Gomelski fera évoluer tout cela.

1958, Riga (1953-66 et 85% de victoires):
Son premier galon, le futur colonel Gomelski le gagnera en 1958, grâce à l’opportunité qui lui arriva justement, de coacher le grand club de Lettonie des années 50’s : l’Athletic Sport Club, l’ASK Riga.
Epaulé par le premier géant russe des années 50’s, le lettonien Ian Kroumich (22 ans) et ses 2,22 m et les frères Muzniek, Alexandr Gomelski parvint à gagner la première Coupe d’Europe crée par le journal L’équipe, devant le grand rival bulgare L’Akademic de Sofia, et 16 500 spectateurs lettons (sur deux matchs), déchaînés certes …mais connaisseurs comme l’était et l’est encore le public de l’autre coté des montagnes des Carpates
Déjà la particularité de son jeu se signalera par une défense de fer, consolidée par un grand pivot (Krouminch) et contrebalancée par des contre-attaques menées par des petits arrières adroits et bons manieurs de ballons : ce sera le modèle Golmeski qu’il inculquera plus tard au CSKA Moscou (1966-88 et 85% de victoires) et à l’équipe d’URSS coachée et dominatrice pendant 22 ans.
Les équipes dirigées par Gomelski ne prendront jamais de dérouillées (à ciel ouvert tout du moins)
A cette époque, le basket-ball européen se limitait à un duel entre pays ou clubs de l’Europe de l’Est ;
Il fallut attendre 1961 pour voire arriver une grande nation occidentale par l’intermédiaire de son club le plus prestigieux, le Real de Madrid, qui perdra malgré tout, en finale en 1962 contre le Dynamo de Tbilissi, dirigé par son collègue Alekseiev, en dépit du grand Wayne Hightower, son joueur américain-vedette.

1959, Real :
Le Real de Madrid sera d’ailleurs cette année 1959, la victime du sursaut du basket-ball français qui par son représentant la grande Etoile Sportive de Charleville se permettra d’éliminer la bande à Emiliano Rodriguez et des américains nouveaux-venus dans le concert du basket européen, parvenus de l’autre coté de l’Atlantique pour renforcer les équipes européennes faibles en double- mètres.
Richard Montgomery de l’University de Marshall et ses 2,03m sera avec Sheaf, le premier américain du Real mais ne suffira pas à contrer Jean-Paul Beugnot et ses 2,07m qui sera éliminé en huitième de finales par les Georgiens du Dynamo de Tbilissi.
Gomelski s ‘en fichait comme de sa première chemise (rouge) de ces premiers signes pourtant dévastateurs du nouveau visage du basket-ball des années 60’s ; d’une part car les doubles mètres ne manquaient pas en terre de Kroutchev, d’autre part car les américains, fils du capitalisme honni, n’auront jamais droit de cité sur les terrains de l’URSS, sa vie durant.
De tout temps, l’équipe d’URSS sera d’ailleurs la nation la plus grande en championnats européens ou même mondial...sans joueurs US dans son championnat national jusqu’en 1995 : chute du mur de Berlin oblige.
Tiens je fais de la politique...
1959 fut surtout un bis repettita pour Gomelski puisqu’il emportera une seconde fois la Coupe d’Europe contre le même Akademic de Sofia,

L'Ecriture évoque un temps où il y avait des géants sur la terre, et notre pays en a besoin.
(John Kennedy)

1960, Kruminch le premier géant Golmeskien:
Durant toutes les années 60’s et 70’s, l’URSS , toute puissante, en tant que nation-leader et prépondérante dans la lutte des deux blocs Est-Ouest, a toujours voulu disposer en sport collectif en général et en basket-ball en particulier, de joueurs physiquement hors-normes, d’un géant comme représentant au pivot, poste emblématique de l’équipe de basket-ball.
Tout cela est un peu à l’image de l’Amérique son ennemi du bloc de l’Ouest, qui auparavant, avec l’Empire State Building et ses 102 étages, avait la tour la plus haute à New York, l’empire du capitalisme.
Ce qui est paradoxal est que les premiers faits d’armes de Gomelski seront ainsi d’avantage d’avoir réussi à faire un joueur de basket, d'un géant frappé d’acromégalie (gigantisme) que de glaner les premiers trophées.
D’ailleurs par la suite d’autres géants pas nécessairement fait pour la pratique du sport, à fortiori de compétition, parviendront à faire gagner aux équipes de Gomelski, les trophées suprêmes(1).
Pensons à Wladimir Andreev et ses 2,16m aux championnats d’Europe des années 70’s puis à Silantiev et ses 2,17 m et au moustachu Wladimir Tkatchenko et ses 2,20m à partir de la fin des années 70’s, puis au blond Alexandr Belostenny (2,15m), et Wladimir Pankrachine (2,20m) et Sidorenko (idem) etc….

L’année ou l’Amérique aura le joueur le plus grand avec Tommy Burleson (North Carolina State'74) et ses 2,23 m, le grand flamand rose aux mouvements saccadés et nerveux, elle perdra la médaille d’or aux J O de Munich en 1972.
Signe annonciateur ?
Oui, tout ce que faisait l’URSS n’était pas bon pour l’Amérique et réciproquement

Cette année-là, 1960, Ian Kruminch qui ne fait désormais plus rire personne, ne fera qu’une bouchée de ses adversaires et marquera 28 points en finale et donnera à Riga de ses grosses mains poilues et assimilables à des battoirs, sa 3e Coupe.
La petite (en taille) Chorale de Roanne (2)d’Henri Grange ne sera aussi qu’un hors-d’œuvre pour ses déjà-goulus adversaires.
« Un p’tit tour et puis s’en va » sera désormais et pendant 16 ans (merci Berck'74), le leitmotiv des clubs français en Euroligue.

1961 : tout plaisir a malheureusement une fin :
Adieu Riga, bonjour le CSKA
En 1961, débute la série de victoires du CSSKA Moscou que rejoindra bientôt Gomelski, mais coaché à l’époque par Alexeiev, le collègue de Golmeski, qui éliminera Riga devant 15 000 spectateurs sur deux matchs.
En URSS à l'époque comme aujourd'hui on se bouscule pour voir du basketball.
L’Alsace de Bagnolet, le petit club banlieusard familial de Paris, composé des frères Mayeur, et Dorigo,et d’un seul joueur à 2 mètres en la personne de Denis Abraham, ne fera pas le poids devant les équipes étrangères maintenant composées de doubles-mètres.
Le Real de Madrid, emmené par Emiliano, et son premier américain de qualité supérieure Wayne Hightower (3,)disputera la finale devant Brno.
Malgré la maestria de Pedro Ferrandiz, le Real perdra cette première finale, mais gagnera l’année suivante 1964 devant les tchèques du Spartak de Brno et des frères Broboswski. .
Gomelski se voit pour une première fois chassé du Final Four en 1962, mais aura l’honneur, l’année suivante en 1963, avec une équipe composée des expérimentés Korneev, Volnov et de l’arménien Alachatchian, de disputer enfin devant le grand Real, sa finale qu’il gagnera en deux matchs malgré l’opposition du gouvernement espagnol du Général Franco, qui voulait refuser de jouer, comme l'année dernière, contre les damnés communistes de Moscou.
Le Real avec une armada composée d’outre Emiliano Rodriguez, et Joaquin Hernandez (qui mourra du cancer en 1965),de deux américains issus tous les deux encore de l’université de Marshall (antichambre de Florida university) pour l'un, Bob Burgess(2.00m) et de Florida University pour l'autre, Cliff Luyk (2.03m).
Il faudra attendre 1969 pour que Moscou reprenne cette Coupe d’Europe devant à nouveau le Real de Madrid,à Barcelone, en terre ennemie (c’est peut être pour cela qu’ils ont perdu) .
Kapranov (il coacha les filles en France), Serge Belov, Volnov et le géant Andreev (auteur de 37 points), sur le score de 103 à 99, emmèneront encore une fois le trophée du coté de la Place Rouge, en souriant encore une fois pour ce vilain tour joué à une équipe de l’Ouest.
Il faudra pourtant attendre 1971, pour que le capitaine Serge Belov et ses acolytes Zarmukhamedov, Kovalenko, et Edeshko, reprennent leur bien à l’Arena Deurne d’Anvers des mains de William Renato Jones le prèsident de la FIBA
 (photo ci-dessous) avec aimable accord du Real de Madrid. Muchas Gracias senior Font

Spaciba .
Malheureusement en 1973, et ce sera la dernière finale en Euroligue de Gomelski, les italiens en général et Varese en particulier, attraperont au vol cette Coupe en 1973 (71 à 66), malgré 36 points de Belov et se la disputeront ainsi pendant 10 ans avec le Real de Madrid (4), les israéliens de Tel Aviv …et les ennemis jurés yougoslaves.
Bye Bye et spaciba Alexandre Gomelski


legendedubasket@wanadoo.fr

 

photos Real de Madrid avec leur autorisation


Bill Bradley aujourd’hui sénateur était un des fabuleux arrières de cette équipe .
(1) Gomelski coacha l’équipe nationale d’URSS en 1958-60, 1962-70 puis 1976-88 soient 22 ans

8 fois champion d’Europe avec Gomelski en 1959, 1961, 1963, 1965, 1967, 1969, 1979, et 1981 et 2 fois champions du monde en 1967 et 1982.

Sous Gomelski, l’URSS gagnera la médaille d’argent aux JO de 1964 (Tokyo), bronze en 1968 (Mexico) et 1980 (Moscou).

(2) Voir mon article "le manque de géants en équipe de France de basketball" sur Sport.fr

(3) Wayne Higtower (2.03m; 1940.2002) top scoreur, fut le premier grand joueur américain en Euroligue, il ira après l'Espagne joueur aux Warriors de Philadelphie en NBA avec Wilt Chamberlain. Gomelski ne le rencontrera donc jamais
Voir mon livre « Histoire du Real de Madrid et de ses américains en Euroligue de 1959 à 1975.

(4) Sacha Gomelski entraînera d’ailleurs en Espagne de 1988 à 1990 l’équipe de Tennerife en 1ere division espagnole


La victoire de 1988 devant les USA mettra fin à 21 défaites consécutives depuis 1972.

Publié dans Grands Coachs

Commenter cet article