Le Mans story (1)

Publié le par Jean-Marie Tartane

 

Le Mans story 1
Juillet 05
Le public cette année en a été pour ses frais.
Quelquefois les urgences et les éclats de l’actualité prennent le pas sur les opérations planifiées.
Il était prévu de continuer notre tour de France des régions et de passer ce mois de juillet avec la région du Var qui sagement attendait son tour dans les méninges des rédacteurs de Legendedubasket.
Le champion de France cette année s’il n’était pas un invité surprise, n’en a pas pour autant été anticipé dans les choix des meilleurs pronostiqueurs ..loin derrière la bande des 4 : Pau-Orthez, ASVEL, et les deux grands clubs de l’est : le SLUC de Nancy et la SIG Strasbourg.
Le Mans Sarthe Basket renait de ses cendres d’ancien grand club leader du basket-ball français. Longtemps refusé par le choix des Dieux du basket-ball lors de l’attribution du titre suprême de champion de France de Pro A , le club est maintenant parvenu à regarder son passé en face, droit dans les yeux, avec cette certitude qui était jadis sienne et qui voyait tous ses adversaires finir par plier devant les « oranges » (1) et ses joueurs.
Raconter l’histoire du Mans finalement, cadre parfaitement avec la vocation première de Legendedubasket: retracer les grandes heures prioritairement aux années 60’s et 70’s.
Cela tombe bien puisque Le Mans a connu ses premières heures de gloire écrit ses plus belles pages d’histoire, durant ces périodes qui correspondent par un heureux tirage au sort de l’histoire du basket-ball, aux années les plus excitantes et intéressantes, car hormis qu’elles se situaient durant notre sacro-sainte jeunesse, celle des quinquagénaires d’aujourd’hui, qui à l’époque balbutiaient leur basket-ball de teen-agers, camouflés dans des maillots trop grands pour eux, chaussés dans des baskets dont l’épaisseur aussi prétentieuse que la longueur de nos maillots, semblait nous faire apparaître comme des clowns du Barnum Circus ou des Bibendum de Michelin.
Le Mans c’est une partie de notre petit cœur de basketteur qui rythmait aux exploits des « oranges » que nous lisions sagement chaque lundi dans le journal L’Equipe, pour ceux qui comme votre serviteur, n’avaient malgré tout pas les moyens de se voir offrir par leurs parents chéris, le fameux sésame de la connaissance : cette feuille de choux qui retraçait les coups incroyables de la bande à Art Kenney, Jay Harrington, Jean Pierre Goibault, Christian Baltzer, Claude Peter, Schneider et autres Pierre Cordevant..
Oui le Mans a mérité ce titre attendu depuis 1981, la dernière année de leur règne sur le basket-ball français au côtés des inoxydables villeurbannais de l’ASVEL.
Le sort ne les avait pas épargné depuis cette période faste, la mort de Bob Purchiser l’américain de Purdue naturalisé pour services rendus à la Nation, si on oublie pas le nombre considérable de jeunes qu’il a formés et amenés vers la route du Paradis. Ce coach, ex grand joueur des années 70’s issu des entrailles de l’ASVEL, nid éternel de jeunes talents, venu de l'ASVEL donc issu de l’ennemi intime historique du Mans avec la JA Vichy et l’AS Denain, mais qui n’en était pas moins un manceau d’adoption ..et d’exception.
Notre respect pour Kenney est à parité avec celui accordé à son compatriote Lloyd King dormé à Virginia Tech autre joueur dont les exploits se déclinaient sur le parquet de la mythique salle Goloumès du Mans puis formateur de génie (demandez à Eric Occansey ancien espoir de Caen formé par Lloyd).
Les jeunes, on aime et aimait ça au Mans des 70’s. Hervé Dubuisson,les deux frères Beugnot (Eric et Grégor) et le petit antillais Léonel Livio, n’avaient –t-ils pas à peine 17 ans quant ils commencèrent à montrer leur frimousse de jeunots dans la photo de famille et dans le cinq manceau (on parle aujourd’hui de rotation), cas unique avec Denain parmi l’élite de cette époque.
Les « ricains » du Mans ça a toujours été du solide :
Les américains du Mans ne nous faisaient jamais tourner en bourrique comme une voiture sur le circuit automobile. Au Mans c’était "droit au but" avec un ticket sans retour, vers la domination du basket français que les américains Kenney, Harrington, Willy Lee et Willy Watson, le canadien Jack Gilliespie, puis Floyd Allen, James Lister et consorts orchestraient avec une maestria et une générosité suffisamment époustouflantes pour nous faire reconnaître que l’apport desjoueurs US au Mans en particulier et au basket français en général, peut s’assimiler à une aide type débarquement en 1944 des troupes du général Patton en Normandie en vue de nous sauver de l’immobilisme et de l’avancée circulaire qui mènent à rien…de bon .
Pronostic médical réservé durant les 80’s :
Puis ce fut la dure période des années 80’s que beaucoup de clubs de l’élite vécurent très mal financièrement car idéologiquement : le virage salvateur du stupide amateurisme bien franco-français à l’époque vers le nécessaire professionnalisme semble ne pas pouvoir se réaliser aussi bien du coté du circuit du Mans que dans les vertes vignes du Lyonnais où pourtant coule la Vérité puisque le jus de la treille, le vin, le pinard, symbole de la créativité et histoire françaises, le Beaujolais à qui pourtant on prête des vertus de mémoire, d’endurance et même d’ingéniosité…
Des places en haut du classement , elle en a connu cette belle équipe du Mans des années 80’s, 90’s puis 2000’s mais jamais la première ne leur a sourit comme avant, comme si la belle promise(cuitée ?) ne voulait plus se donner à celui qui l’avait le plus respectée donc aimée parmi les nombreux prétendants à la Bague Suprême qui maintenant surgissent aux quatre points cardinaux de l’Hexagone.
Le franco-français club du Mans est encore une affaire de famille et de Comptoirs
Aujourd’hui, j’ai une pensée pour un homme que j’aimais beaucoup autant que son champion de fils Claude, il s’agit de monsieur Bernard Gasnal, qui lui sera en bonne compagnie au Paradis du Basket-ball , l’ancien président du club ancêtre la Société des Comptoirs Modernes du Mans, (2)qui aurait été bien heureux de pouvoir savourer une fois de plus un 4e titre de champion (3). Lui qui n’oubliait pas que durant ces dures périodes du basket français amateur lorsque nos concurrents espagnols et italiens rémunéraient déjà depuis longtemps, leurs joueurs(notamment américains) adossés à de véritables contrats de travail, nos joueurs se devaient de disposer de revenus pour pouvoir se consacrer sérieusement à ce sport amateur qu’ils traitaient avec des égards de professionnels. C’est la raison pour laquelle Monsieur Gasnal leur procurait un emploi dans la grande société des Comptoirs Modernes de la famille Goloumes comme comptables (Goibault) ou magasinier (Cordevant) ou autre (Baltzer).
Pour atteindre mon objectif je m’aiderai du travail d’un manceau passionné de basketball et du MSB :Frédéric Denise qui avec la communauté mancelle du basket-ball me pardonnera des quelques, quoique probablement rares , erreurs ou omissions .
Au mois prochain
Jean Marie

Le Mans Août 06 (2e partie)
Les débuts puis l’accession au Paradis

 

L’Entreprise, relais du développement du basket-ball au pays du football et du rugby :
Le club du Mans n’est pas le premier regroupement de basketteurs à avoir été crée sur les fondations d’une entreprise industrielle ou commerciale française.
En premier lieu parce que le basket-ball français , comme son créateur canadien, le docteur James Naismith et ses successeurs l’ont fait aux Etats-Unis , a vu le jour dans la cour des patronages catholiques et protestants de France et de Navarre mais a ensuite fondé beaucoup de ses piliers et relais, par l’intermédiaire du courant corporatif : le monde de l’entreprise. Le Stade Auto Lyonnais aujourd’hui disparu, club emblématique de première division française durant les 60’s, est le produit du basket-ball pratiqué sérieusement à l’intérieur des salles de sport des Usines Berliet, l’un des grands constructeurs français de camions et utilitaires de l’époque.
On sait aussi que des entreprises nationales surtout dans la branche des services ont déjà depuis longtemps commencé à s’illustrer dans les différents championnats corporatifs de basket-ball y compris au haut-niveau : L’ASPP (police nationale), l’US Métro Transports (RATP), l’ASPSAP (assistance publique et hôpitaux de Paris), les ASPTT ( Postes et télecoms) de toutes les grandes villes de France (1), etc…, en sont des récents mêmes si tous disparus exemples.
L’entreprise privée ne fut pas pour autant à la traîne avec des précurseurs comme IBM, dynamisé dans sa section basketball par monsieur Charles et René Le Goff, l'actuel président de la ligue pro, LNB.
IBM fournira ainsi des joueurs et des emplois au Racing Club de France et réciproquement : (Robert Monclar, Degonse, etc…)

Ce qui est particulier, original et finalement touchant dans les fondations du basket-ball au Mans est que, de plus, il a été implanté, comme à Saint-Maur (2), parmi la gente féminine en premier lieu , une équipe de femmes suffisamment performante, (championne de France UFOLEP en 1952), pour susciter des tentations parmi les hommes et leur donner envie de créer un alter-ego d’obédience masculine.(3)
Consciemment ou pas, cette association périlleuse du point de vue philosophique, politique et financier a permis à ce club et en général à de nombreuses associations sportives à caractère public ou privé, d’adosser leur gestion et management sur des hommes de l’Entreprise, par essence davantage concernés par les aspects matériels de la problématique de l’Association type loi de 1901, fusse-t- elle à caractère non-lucratif et inspirée par la philosophie du « l’important est de participer » comme l’avait susurré en son temps, le baron Pierre de Coubertin.
En clair le pilotage du Mans par les hommes de Gouloumes a conforté les assises managériales, financières et humaines d’un groupe d’hommes que n’est qu’à la base une association, afin de traverser les années qui jalonneront la route de ce fabuleux club. Ce club de légende qui nous rappelle que même si la « bête » a été blessée , elle bouge encore et a encore de l’énergie pour rebondir et nous surprendre bien des années après que nous l’ayons laissée pour « morte » il y a une quinzaine d’années..
Bernard Gasnal, l’homme par qui le basket-ball est arrivé au Mans, à l’époque faisait le bonheur du personnel des Comptoirs Modernes de Reims, dans la Marne, qui de foyer du football avec le Stade de Reims de Kopa deviendra tout autant d’ailleurs, un grand club de basket-ball dominateur à la fin des années 60’s. Le Stade de Reims accedera même en 2e division puis dipsraitra brusquement du paysage du basket-ball français.
Suivant son patron, Léopold Gouloumès au Mans où l’entreprise s’installa, monsieur Gasnal, chef du personnel y monta dès 1938, à l’image des bâtisseurs du Moyen-Age qui fondirent la Sarthe, une équipe de football, premier vestige du sport de haut-niveau en Maine, pour divertir son personnel, et conscient comme beaucoup d’instigateurs du sport corporatif en France, de cette impérieuse nécessité et pas seulement pour des motifs de productivité (clamés par les japonais) , pour les Hommes de l’Entreprise de pouvoir pratiquer le Sport, si possible d’Equipe, cela facilitant en plus le lien social et affectif entre le personnel, toute catégories confondues..
De retour de captivité,
Le Goulu Club Sportif était né devenant par la suite le Sporting Club Moderne, le SCM, strictes initiales identiques finalement, de la Société des Comptoirs Modernes, la société matrice du club..
L’antre qui abrita les premiers ébats de « ces basketteurs en bleus de travail » d’un autre type, sera le Hall des Tramways, première salle rénovée par les joueurs eux-mêmes.

Premiers lauriers : A l’assaut de l’élite
Les sarthois luttèrent pendant Cent Ans contre les anglais, laissant des traces remarquables par les vestiges et édifices historiques publics, militaires ou religieux en terre de Maine. Mais ils n’attendront pas tant de temps (et heureusement), pour décrocher leur premier trophée.
Les résultats ne tardèrent pas à arriver ; la conquête du championnat national UFOLEP par les filles en 1953, avaient déjà mis en bouche le goût de la victoire pour la gente masculine de l’équipe du SCM Le Mans, autant qu’une bonne tartine de rillettes de la Sarthe arrosée ou pas de bon vin du Val de Loire..
Pour cela, il fallait recruter des bons joueurs en dehors de la région peu dotée à cette époque, en adeptes de haut-niveau de la grosse balle orange.
C’est la raison pour laquelle on assista dès le début des années 60’s à l’arrivée de joueurs expérimentés originaires d’autres régions. Parmi eux dès 1962, Pierre Cordevant l’imposant colosse à l’image de la cathédrale Saint-Julien , haut de 2,03m, venu de Saint-Quentin et deux autres grands de Mulhouse en Alsace. Christian Baltzer,148 fois international, qui aujourd’hui encore est au sein du club en tant que président, et Claude Peter qui avec Baltzer, sera de la grande époque conquérante des années 70’s.
Claude Peter avait une sœur aînée Danielle Peter-Tognarini qui sera une grande joueuse internationale au SREG(gaziers) de Mulhouse, médaillée d’argent aux championnats d’Europe de Rotterdam en 1971 et disparaîtra tragiquement en 1981 à l’age de 36 ans.

Bernard Gasnal fit parler sa connaissance du recrutement en faisant venir des basketteurs à un tel point qu’en 1971, 28 sur 108 licenciés travaillaient aux Comptoirs.
Michel Audureau originaire de Blaye,la ville du bon vin, près de Bordeaux, sera chef des services expéditions, Jean-Marc Conter du symnolique SS Nilvange, fief du basket-ball lorrain, nommé stagiaire dans le même service.
Francis Schneider accedera au poste de responsable des emballages et Christian Baltzer adjoint au chef du personnel , Bernard Gasnal...
Pierre Cordevant, un ancien du Racing Club de France et de l’Entente Sportive de Charleville, chapeautera le service des eaux minérales et des produits hygiéniques.
Il n’y a jamais eu, hormis à l’ASPTT de Nice, des clubs de l’élite avec autant de ses joueurs cruciaux impliqués à ce point dans leur club-entreprise- employeur.

Pas de grande équipe sans grand entraîneur :
Tout cela était bien beau, mais il fallait pour faire progresser ce beau monde, un mentor, un homme d’exception, apte à fédérer ces joueurs autour d’un style de jeu propre et des valeurs collectives. Cet homme en fait existait déjà et se trouvait en région parisienne.
C’est Justy Specker,14 fois international de 1946 à 1953, adjoint de Robert Busnel à la DTN, qui sera chargé des premiers pilotages du futur bolide SCM Le Mans. Celui qui très bientôt dépassera puis éblouira ses poursuivants laissant sur son passage une nuée lumineuse faite d’une constellation d’étoiles.
Formé au CA Mulhouse avec Maurice Tondeur, puis passé par le CA Bourgoin, Antibes et bien d’autres clubs réputés, Justy Specker tenté par ce nouveau challenge qui se présentait à lui, opta pour le club de la Sarthe, avec lequel il gagnera ce titre de champion de France de 2e division.
Revenu à Antibes pendant une année, il deviendra à 54 ans, directeur des centres sportifs de la ville de Saint-Maur, dont il continuera à entraîner les joueurs puis encadrer le club de la Vie au Grand Air, le célèbre VGA,. dans les années 80’s.

Des débuts finalement prometteurs :
A la différence de nombreux clubs français devenus dominateurs , les débuts du SCM parmi l’élite du basket-ball dès 1963 ont été entamés avec un ensemble de résultats qui annonçaient finalement des "lendemains qui chantent", un réel potentiel, mâtiné d’un managérat déjà étudié , performant , nourri de principes collectifs au niveau de l’éthique des joueurs, sur et en dehors du terrain.
Bernard Gasnal n’a t-t-il pas confié au magazine L’Equipe Basket Magazine (5): « je prend certaines précautions et j’ai parfois refusé de très grands noms du basket français parce que la garantie morale me paraissait insuffisante. «
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Copyright Legendedubasket aout 2006.


(1) Le Mans était sponsorisé par les oranges Pascual un certain temps du début des années 70’s
Voire:Le sponsoring maillot dans le basket français, les débuts dans ...
"sport.fr/Basket/bas/35134.shtm"

(2) Les Comptoirs Modernes ont été rachetés par SUMA (groupe Goulet Turpin) qui par là est devenu le nouveau sponsor maillot du club durant les années 1974’s.

(3) 1978, 1979, 1982 et 2006

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Photos L'Equipe Basket Magazine et Basket News. Avec leur aimable autorisation.

 

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