ASVEL:on peut leur tirer le tapis vert

Publié le par Jean-Marie Tartane

Mars 04 L’ASVEL On peut leur dérouler un tapis vert!

Si un jour, on vous demande quel a été le club français qui a dominé le basket français dans les années soixante et soixante dix, vous pourrez lui répondre sans hésiter l’ASVEL.
Pour cette raison, écrire un dossier complet sur ce monument du basket-ball français est un gageure dont je ne relèverai pas le défi.
Aussi, me contenterai-je de retracer les grandes lignes de ce club qui en 26 ans gagna 13 titres de champion et joue parmi l‘élite depuis plus de 50 ans.
L’ASVEL, c’est un mythe, une école de basket-ball, un grand respect de la part des basketteurs, quelque soit leur âge.
Comment cette machine à gagner est-elle parvenue à dominer à ce point le basket de notre pays?
Quel sont ces hommes, ces bénévoles et entraîneurs, joueurs et sponsors qui l’ont mené là ou elle est montée et ou elle plane actuellement?.
Le monde de l‘entreprise nous dit que ce sont les valeurs fortes qui mobilisent les hommes et leur fait faire de grandes choses.
Nous verrons que cela peut et doit s’appliquer aussi au sport collectif par excellence qu’est le basket-ball.

Villeurbanne a été et est encore le club phare du Lyonnais, l’exemple , la référence.
De nombreux grands joueurs des années 60, 70, 80 et 90 sont sortis des rangs de ce club ou de son fabuleux centre de formation qui apporta 3 titres de champion de France cadets et juniors .

Les fondations de l‘ASVEL:
L’ASVEL c’est la réunion pagnolesque (Pépone contre Don Camillo) après la guerre comme fréquemment en France entre un patronage catholique(n’oublions pas que le basket-ball a été inventé par un pasteur, dans un patro américain) l’Eveil Lyonnais fondé par le très pieux Pierre Barbier et l’AS Villeurbanne , un club laïc affilié à la FSGT (Fédération Sportive Gymnique du Travail) . (voir 1)
L‘artisan de cette fusion c‘est Monsieur Millet, un personnage emblématique, futur 1er président du club et proche de la mairie communiste
Le lieu symbolique de cette fusion fut la Maison du Travail endroit virtuellement à l’écart de la lutte des classes.
La mise en place des structures du futur n°1 français est terminée.

Le premier titre en 1949...jusqu’à 1957: 5 titres suivront
Dès sa première participation dans l’élite qui se nommait à l’époque Excellence fédérale, l’ASVEL obtient ses premiers lauriers.
C’était l’époque du retour de Buffière (André) 96 sélections ,de Nemeth le hongrois, un des meilleurs pivots d’Europe et Raymond Sahy un pilier du club qui gagnera 6 titres avec l‘ASVEL.
En 1952, puis à partir de 1955 une constellation de futurs internationaux mais déjà grands joueurs rejoignirent L’ASVEL : Henri Rey (60 fois international), Gérard Sturla arrière 44 sélections, puis surtout Henry Grange (1934.2003),le marocain ,(le Maroc était encore colonie française),142 sélections qui du haut de son mètre 95 parvenait à jouer aussi bien à l’aile qu’au pivot
Le mentor, le meneur de cette troupe c’était Georges Darcy, l’entraîneur qui monta 6 fois l’ASVEL au pinacle du basket-ball français.
S’en suivit une période de 7 ans , fin des années 50 durant laquelle l’ASVEL fut vierge de titres.
Mais cela , c’est un phénomène propre au sports collectifs qui connaissent un creux après les années fastes (voire les Celtics de Boston, les Lakers de Los Angeles, Nantes ou Monaco en football etc..)
La transmission du managérat passera entre-temps de Darcy à Buffière dit “Bubu”.
Bien souvent les clubs se régénèrent pendant les périodes “sans”.

1963: arrivée de Raphael de Barros, le président du renouveau:
En 1963, donc un dirigeant d’entreprise pris les rênes du club rhodanien, il y restera plus de 20 ans.
C’était Raphaël de Barros un homme de parole (il n’aurait jamais fait signer aucun contrat avec ses joueurs), gros travailleur et surtout qui posa les bases des valeurs qui sauveront plus tard Villeurbanne du chaos: la solidarité et l’esprit de groupe
L’ASVEL échappa à bien des vicissitudes que connurent ses adversaires (Berck, Antibes, etc...) dans les 25 années qui suivirent..
Auparavant on ne peut évoquer cette ère historique pour le club sans signaler cet évènement:
En 1965, un jeune meneur de 20 ans à peine signa sa première licence en provenance du club formateur de la Chorale de Roanne, autre grand club emblématique de la région.
Il s’appelait Alain Gilles et mesurait 1.88m ce qui était grand pour ce poste à cette époque;
Certes, il n’arriva pas les mains vides, il avait déjà un titre de champion de France cadet 1960 et quelques sélections internationales à son actif.
Gilles est d’ailleurs à ce jour encore, le plus jeune sélectionné senior dans l’histoire du basket français avec 15 ans et quelques mois. une sorte de Pelé blanc en somme.
Il mènera l’ASVEL au pinacle pendant presque 20 ans et lui fera gagner son premier titre dés son arrivée ;
Nous redécouvrirons le basketball avec l’élégance ,l’adresse, et la classe.(voir 3)
Après l’ère Buffière (1949.52), puis Grange (1952.64), l’ère Gilles (1966-1982 ) succéda et laissa finalement avec le recul du regard historique les plus belles traces dans l’épopée villeurbannaise.
Là l’ASVEL retrouva la place qui devait lui revenir, c’est à dire la première, puisqu‘en 9 ans le club obtint 6 titres tous obtenus deux années consécutives.
On pourrait appeler cette période, les années du trio Gilles, Buffière, Durand: Alain Gilles en meneur , Alain Durand au pivot et Bubu au managérat
..
Alain Durand (né en 1946, ,112 sel), c’est le grand défenseur des années 1966-1973, collectif, dur au mal et rebondeur qui se coltinait malgré ses 202m sans broncher les pivots américains, athlètes de plus de 2.04m et àbientôt 2.10m , et qui commençaient à pointer le nez en France.
Quelques exemples Saunders 2.12m, Soderberg: 2.08m, Gidding 2.05m etc..
Alain Durand la forte tête aura droit le mois prochain en avril à son dossier, car le basket villeurbannais et même français lui doit beaucoup.
Merci Alain


1966-72:les années de fer, l’arrivée des américains, le basket-ball français commence à migrer de l’amateurisme au professionnalisme:l’ASVEL tente de résister
Les années ou Villeurbanne installa définitivement véritablement sa légende dans l’histoire du basket français
Lors des années de fer , l’ASVEL semblait intraitable comme du fer, car ne perdait que très rarement, le paysage économique et sportif du basket-ball français et européen changeait sensiblement;
Quelques clubs à philosophie moins traditionnelle, commençaient à engager des joueurs américains à des postes de pivots essentiellement , des avantages en nature pouvant être assimilés à des rémunérations et finalement quasi-contrats de travail, circulaient et ainsi des équipes à ossature plus complète financièrement et sportivement se présentaient dans la compétition dans la désormais nommée Nationale 1.
Bref, le niveau de compétition dans l’élite pris une dimension nettement supérieure.
Villeurbanne avec Gilles, commença également à réaliser quelques “perfs”en Coupe européenne, avec des matchs contre le club croate de Zadar de Krésimir Cosic et ses 2.12m..et un certain Marko Ostarcevic.
A cette époque, il faut avouer que la France au niveau international ne passait pas un tour aux championnats d‘Europe des nations ...quand elle parvenait à se qualifier .La raison: encore une absence de pivots de 7 pieds (2.11m) ou même 2.05m compétitifs et le manque d‘ailiers avoisinant les 2 mètres.
Exemple: au championnat d’Europe de 1970 à Essen, la France finit 10e sur 12 devant l’Israel et la contre Turquie qui découvraient le basket-ball mais avaient 2 joueurs à plus de 2m et un à 2.05m. (Norbert Thim l‘allemand) et un à 2.16m (Hussein Alp le turc).
Notre joueur le plus grand véritablement compétitif (Jean-Claude Bonato), mesurait 2m.Nous avions la taille moyenne la plus basse avec 1.94m. (voir 4)

L’ASVEL était confrontée donc à ce même problème et c’est seulement quand des joueurs de plus de 2 mètres arrivèrent dans nos équipes que nous commençâmes a obtenir des résultats internationaux au niveau club ou national. En bref, l’ASVEL était un ogre au niveau national et un nain à l’échelle européenne.
De 1968 à 1975, l’ASVEL semble avoir constitué son équipe de croisière avec des joueurs qui restèrent 5 à 8 ans au club. Voici l’ossature de l‘équipe gagnante du titre en 1966, 68, 69, 71, 72 et 75,excusez du peu!
Gilles, Durand, Recoura (Bruno), Castellier, l’ex ABC Nantes Michel Leray (le rival de Gilles en meneur qui quittera le club avec Durand en 1973 pour le frère ennemi CRO Lyon en raison de mésentente avec le jeune prodige).Duprez, Lamothe, et Magnin), Demars champion junior avec Sénégal ,puis Lespinasse (un grand défenseur) en provenance de SA Lyon (nationale 2).

(Photos L'Equipe Basket Magazine)

Copyright legendedubasket mars 05Septembre 1970 : arrivée de John Rucker le 1er américain de l’ASVEL
l’ASVEL résistait malgré et contre tout en n’alignant qu’une équipe franco-française alors que ses adversaires direct (Vichy, Denain, Tours, Caen, puis Berck) avaient déjà enrôlé un voire 2 américains à plein-temps et à plus de 2m au pivot et avaient ainsi une allure bien professionnelle.
C‘est vrai que l’on se demande encore à quoi à servit Rucker et son mètre 88 puisque déjà 4 ou 5 joueurs étaient aussi bon voire meilleurs que lui en poste d’arrière-ailier.
De plus il ne marquait que 5 à 10 points par match.
Cela fait partie des coquetteries de Mr De Barros qui voulait se différencier des autres monstres leaders mais sans trop tout de même...
A signaler à l’orée de la saison 1970.71 un futur grand joueur, âgé de 19 ans sorti du rang des champions de France junior arriva et concurrença encore le prince Gilles.
Il mesurait 1.84 et se nommait Jean-Michel Sénégal et portera 210 fois le maillot national.
Comme Leray , Sénégal ( puis d’autres) devra quitter l’ASVEL avec Demars dans ses valises en 1975 pour Tours afin de pouvoir jouer 40 mn et surtout impulser sa carrière.
Bien lui en prit puisqu’il fut champion de France la même année 1975.76 avec le club d’Indre et Loir.

Saison 1972.73 et 1973.74:L’explosion de Berck, l’AS Berck des frères Galles:
Les 2 années qui suivirent furent celles de la remise en question.
C’est vrai que l’ASVEL la verte disposait toujours de sa fabuleuse défense bostonnienne qui en faisait l’équipe qui encaissait le moins de points pendant des années.
Mais son attaque manquait d’originalité car trop centrée sur le tandem Gilles-Durand;
De plus, le banc ne tournait pratiquement pas.
1972 fut vraiment une année charnière car c’est l’année de l’arrivée du 1er vrai grand joueur américain à l’ASVEL.
Curieusement il n’était pas noir mais blond aux yeux bleus. Il ne mesurait pas 2.05m mais encore 1.88m.
Il était un joueur inconnu issue d’un Université pourtant pas inconnue car Purdue University est réputée pour à l’époque jouer régulièrement les phases finales du championnat NCAA notamment en 1969 contre l‘UCLA et.Abdul Jabbar alias Alcindor
Bob Purckiser (1945-1983) arrière-ailier de qualité, gros marqueur, épaula Gilles au poste d’arrière et lui permit de se reposer ;Purckiser jouera 2 ans à l’ASVEL puis après une escapade d’un an en Belgique reviendra aider les verts à récupérer le titre pour la saison 1974.75.

En septembre 1972, un autre évènement marqua le basket français. Un club du Pas de Calais au nom sympathique mais bien inconnu du public (hormis les curistes) sonna à nos oreilles.
Il venait de 2e division:la nationale 2 dont il venait de gagner le titre et écrasait tout sur son passage.
On disait que son jeu était très original et impulsé par 2 frangins au nom facile à retenir Jean et Pierre Galle.
C’était l’AS Berck à qui je consacrerai un dossier en juillet 2005 (période des curistes) .
Pendant 2 ans Berck par son jeu révolutionnaire à base de rotation permanente (inspiré par Ajax d’Amsterdam?) balayait tout ce qui se dressait devant elle et ne perdit que 4 matchs de championnat en 2 ans.
L‘ASVEL n‘échappa pas à cette tornade maritime et lâcha le titre 2 années de suite, pour le laisser aux club de la côte d’Opale sponsorisé par Massage Saint-Bernard (pommade) puis Ballamunidi et Michel Axel (prêt à porter.
Berck, n’existe plus c’est le plus gros gâchis du basket français.
C’est à cette époque que l’ASVEL toujours entraînée par Bubu et Gilles se remit en question. On n’est plus dans le coup au niveau jeu, ni au niveau des américains et donc des structures financières.

1974.75: reprise du sceptre
La réponse ne se fit pas attendre: à l’orée de la saison 1974 un grand noir de 2.05m dénommé Moore au prénom jamesbondien de Roger signa au club qui redevint compétitif et apporta le titre en 1975 à l‘ASVEL qui disposait enfin d‘un pivot à opposer à des adversaires dont la taille avoisinait maintenant les 2.10m.


Pour débuter l’année 1975.76, Moore après 2 ans de bons et loyaux services vit arriver un compatriote pour l’épauler à l’aile, un gracieux noir de 1.95m surnommé du coté d’Evansville (près de Chicago),le cygne noir (black swan) mais dont le véritable nom était Bob Lackey.
Lackey était le champion de l’Université de Marquette (1) avait joué 1 an en 1971.72 en ABA aux New York Nets et allait devenir cette année 1976.77, le meilleur marqueur de l’ASVEL avec 18,5 points de moyenne et comme Moore joua 30 matchs sur 30 prévus.
Lackey est décédé en 2002 à 53 ans dans l’oubli total en France , mais dans le souvenir aux USA qui annonça l’évènement dans de nombreux quotidiens d’envergure nationale ainsi, je lui ai déjà préparé un dossier joint à celui sur l’Université de Marquette , (l’usine à grands basketteurs ou il se forma) qui paraîtra le mois d’Avril prochain en complément du 2e volet de l’Histoire de l’AVEL.
Quand au niveau financier, le président De Barros opta pour le choix d’un autre sponsor maillot pour remplacer Pétrole Hahn (après rasage), ce fut la société des Menuiseries Gimm absorbée, depuis par le groupe Lapeyre, (voir 1) qui sera le bailleur de fonds principal des Verts.
Il était temps
Années 80’s et 90’s. :
“Only the strong survive”
Fort de ses succès accumulés durant 20 ans, l(‘ASVEL a pourtant réussi à durer pendant les années 80’s, malgré le risque de déclin, régression qui menace les grands clubs . Ce risque devenu réalité a atteint de nombreuses grandes institutions des 60’s comme L’Etoile de Charleville, le CA St Etienne, le CSM Auboué qui disparurent progressivement du paysage de l’élite.
D’autres clubs parisiens ne seront plus jamais ce qu’ils étaient comme survivants de leurs cendres tels que le Racing Club de France, le Stade Français et surtout le Paris Université Club, champion de France 1960 et bardé d’internationaux et qui risqua la disparition pure et simple.
« Les grandes équipes ne meurent jamais » dit un proverbe. En ce qui concerne l’ASVEL, ce proverbe se transformera en certitude : le 15e titre de champions de France recommencera à flatter les lyonnais avec celui de champion de France 1981; cela malgré la montée en puissance du CSP Lomges, qui deviendra l’année suivante le grand club dominateur des années 80’s et 90’s., couronné d’ailleurs en 1993, par un titre en Euroleague.
Avec Szanyiel, Monclar, Larrouquis (l’ex-orthézien) et surtout Eric Beugnot, le fils du graand Jean-Paul (1931-2002) figure de Charleville.
Cette génération douée pour rivaliser avec les équipes plus financièrement avantagées et qui déjà fonctionnaient comme les superclubs de niveau international, avec des américains surpayés et des structures entièrement professionnelles (Limoges, Antibes etc…)
Le président De Barros parvint malgré la montée en puissance de l’argent dans le basket à faire signer Philip Szanyiel en dépit des avances bien plus alléchantes.
«Pourquoi avoir choisi l’ASVEL ? Parce que c’était l’ASVEL » répondra ce joueur qui fut un des meilleurs européens.
Toujours positionné dans le haut de tableau en fin de saison, l’AVEL sauvera toujours l’honneurs d’autant plus que 2 ou 3 joueurs de son cinq majeurs sont toujours régulièrement appelés en Equipe de France .
T’as pas 100 balles ?
La philosophie de gestion humaine et financière très particulière de Raphael De Barros n’empêchera, pas bien au contraire l’ASVEL de se retrouver au pied du mur en 1988.
Entrer 1988 et 1992, l’ASVEL faillit mettre les clés sous la porte. S’en suivit une succession de rebondissements qu’un bon psychodrame n’aurait pas renié. Le président De Barros quitte ce monde accompagné peu de temps après par son successeur et partenaire, le maire de Villeurbanne Charles Hernu, puis du fils de Gaston Charvieux qui avait pris les rênes du club.
Le sursaut du club fut enfin atteint par une personne paradoxalement beaucoup moins puissante, le kiné du club, Marc Lefebvre qui misant quelques dizaines de milliers d’euros permit à l’ASVEL de enfin connaître plus de stabilité financière et sérénité managériale et sportive.
Au niveau sportif, ce fut le grand remue-ménage, avec l’arrivée de Jim Bilba en provenance de Cholet, mais surtout celle d’un noir américain de Caroline du Nord, Delaney Rudd.. Il contribuera à tirer l’ASVEL vers des exploits rappelant les meilleures années vertes.
C’est ce vin nouveau type Beaujolais du Rhone que je vous raconterai le mois prochain.
"Oyez bonnes gens. le nouvel ASVEL est arrivé "

Salut et au mois prochain.
Jean-Marie

Copyright Legendedubasket octobre 05


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menetrey (née dejoannes) 09/02/2010 17:31


je suis la fille d'andré dejoannes qui faisait partie de l'équipe championne de france en 1949 ; il a 89 ans et est toujours en vie, ainsi qu'andré buffière, ce sont les 2 seuls restants de cette
équipe.

Cordialement,
Jacqueline menetrey