Pau Orthez story (2)

Publié le par Jean-Marie Tartane


Pau Orthez story 2
e partie

Toquey si gauses


Le « baské » un sport qui sied au Sud-Ouest :

Le basket a pénétré la France en 1908, par l’Est et surtout le Nord, à Paris via respectivement les Foyers les patros catholiques (de l’église Saint Laurent) 1 ; Orthez en particulier ne fera pas exception.

D’abord considéré avec suspicion (rassurez-vous en région parisienne aussi…) par les régionaux en raison du caractère soft du jeu sanctionnant les obstructions et même les contacts, le « baské » fit son petit bonhomme de chemin pour devenir au fil des ans, une véritable sport populaire qui de plus peut se jouer en plein-air.

Il est d’ailleurs paradoxal que c’est dans la région où il est apparu le plus tard, que le basket enregistre les meilleurs et plus régulières entrées de spectateurs.

Maintenant, nous sommes en 1931, et les Yankees ont réussi à faire pénétrer leur sport et trésor national via les Landes dans la région du ballon ovale et du poulet basquaise.

Souvent, du côté de Paris, nous les béotiens nous demandons souvent à la vue de l’atmosphère formidable qui règne dans nos salles du Nord, lors de la venue des « petits hommes verts » et de leur banda peuplée de clairons, tambours et trompettes.

En fait dans l’article Sud-Ouest de janvier qui analysait le terreau sportif béarnais, nous avons vu que les Gens de cette région étaient très sensibles au caractère festif et ludiques des activités sportives et culturelles.

Et ils ont raison.

L’une des forces du basketball est de provoquer un intérêt permanent et ludique de par l’obligation de marquer des paniers pour gagner, jeu d’adresse et de force par excellence.

Or ces deux attributs du basketball se retrouvent dans l’esprit et la pratique des sports nationaux béarnais de fronton, en particulier et du Sud-Ouest en général :la pelote basque, la chistera, jeu à 13, et rugby (drop, et transformation des essais).

A la différence du football, où l’intérêt peut baisser, du fait quelquefois de la rareté (ou de l’absence) de buts , le basketball comme les jeux basques et béarnais, met le public en alerte permanente.

C’est probablement la recette commune qui attire la population sportive et le public de cette région.

Qui ne se souvient pas des vivas de la Moutete traduisant les ambiances torrides et semblables à celle des frontons enflammés de Saint-Jean Pied de Port, lorsque hier durant les années 70’s ?. Larrouquis et sa bande ou aujourd’hui Fautoux et consorts, totalisaient les paniers .

André Daverat :

André Daverat, maire d’Orthez jusqu’en 1944, et président de l’Elan de 1935 à 1944, sera le relais, le pôle municipale de l’activité de basketball de l’Elan Béarnais. En dépit de ses opinion pétainistes, cet avocat n’a jamais trop compromis «l’âme d la ville » et surtout de l’Elan, au profit des occupants nazi. Et c’est déjà pas si mal… !

Après bien des vicissitudes, notamment son éviction par ses adversaires politiques, finalement André Daverat lèguera à ses successeurs un club très actif avec des cotisants et membres actifs en hausse régulière, dans un club, par un phénomène naturel, très bientôt  déconfessionnalisés.2 Et même indépendant.




« Place au baské »

Le départ du clergé de l’Elan Béarnais (abbé Ugartemendia) se fera d’une façon heureusement progressive, témoin d’un signe d’ouverture vis à vis de la société civile davantage représentée au laïc club de l’US Orthez, d’où provient d’ailleurs Alain Larrouquis (73 sélections en Equipe de France A), l’excellent meneur des années 70’s qui quittera l’EBO pour aller à l’aussi verte ASVEL à la fin des années 80’s.

Relance par l’intérieur :

Plutôt en retrait, le basket connaîtra un renouveau en 1956 grâce à René Lainé, stimulant par là même le derby local USO-EBO.

L’USO a un jeu plus spontané animé par des joueurs plus nombreux et plus jeunes, alors que l’Elan (Lainé, Labourdette, Mazerolles…) laisse davantage la place à la tactique et aux actions organisées.

En 1961, l’Elan bénéficie de renforts de qualité avec l’arrivée de Clays et des deux frères Page, René et Roger, de retour au bercail en provenance de l’Etoile Amoloise.
René Page (1,80m-1943), le barbu, membre d‘une famille au club depuis ses débuts, sera d’ailleurs de la remontée en 1973 dans l’équipe , coachée par Jean Luent, après une année de purgatoire en Nationale 2 où elle gagnera le titre de champion.

Cette belle équipe de 1961 gagnera de haute lutte sa place en excellence départementale au coté du grand club omnisports basque l’Aviron Bayonnais.

Les choses sérieuses commencent à Orthez, le « baské » prend ses marques.


Premiers exploits :

Montant un à un les échelons pour se retrouver en 1963-64, avec son premier trophée de champion d’Honneur d’Aquitaine puis finaliste de la Coupe de France des patronages à Neuilly (probablement dans la salle de la AS Saint Pierre de Neuilly), devant le C O St Brieux.

Tout celà sera arrosé comme il se doit au Café Le Club d’Orthez, siège emblèmatique du club..

Dans cette équipe, outre les déjà cités, Page, un fidèle qui sera de la première aventure de la montée parmi l’élite en 1971-72 : Henri Manoux (1,80m-1938).

Après la retraite des anciens, restera Manoux, assisté de Clays, Mont et les frères Page pour faire entendre raison aux adversaires qui montrent de plus en plus les dents en pays de Chalosse où le basket est déjà une religion : les déjà-célèbres Cadets de Chalosse, Gaujacq (où ça castagne) et Arsagues.

Bientôt ce sera la montée en Nationale 3 (La Fédérale), où l’Elan jouera les premiers rôles derrière les gros bras de l’US Bleuets d’Agen (club formateur qui fut champion de France junior en 1966 avec Robert Zuttion), l’UA Cognac et les Coquelicots de Lezat qui barreront la route de la 2e division en 1966-67 puis 1967-68, à la bande à Manoux.

Tous ces noms ont des sonorités poétiques mais il fautsavoir qu'en ces lieus la lutte était terrible sous les paniers.


Approche vers le Nirvana :

Renforcé par des jeunes immigrés de l’USO notamment Bernard Lamarque(1,88m-1947) international junior, il faudra attendre 1969-70 pour voir l’Elan s’approcher du Paradis :la Nationale 2. A cette époque elle était véritablement l’anti-chambre de l’élite avec de nombreux anciens internationaux ou des jeunes espoirs de grande valeur.

Grâce à ses victoires sur les clubs de la ville rose c a d Toulouse qui disposait déjà en 1969-70 d’une équipe parmi l’élite avec le RCM3  : l’Espérance (ASEA) et le TOAC, l’Elan Béarnais fait enfin son entrée dans la cour des grands.

Le combatif et rapide René Page, Bel épaulé au pivot par le solide Manoux permettront à l’Elan de remporter enfin la Coupe des Patros dans la salle de l’Alsace de Bagnolet, la fameuse salle rue Francisco Ferrer qui existe toujours d’ailleurs)

L’Alsace de Bagnolet, autre patro- catholique de légende bardé d’internationaux, et créé par une mission alsacienne au début du siècle, était à l’époque un cador de la Nationale 1 dont elle fut champion de France notamment en 1966.

Très bientôt « l’Alsace » coachée par Max Dorigo, sera un adversaire coriace de l’Elan lorsqu’il accédera en Nationale 1 en 1971-72

Mais pour le moment, nous ne sommes qu’en 1970 et l'Elan a les dents qui rayent le parquet, excité par sa proche montée vers l’élite…

Ce titre remporté en finale devant les bleus de l’A J Auxerre sera le second galon de taille, gagné par l’EBO au niveau hexagonal.

Ferveur béarnaise :

L’appétit vient en mangeant et l’amour du sport en gagnant des matchs. Fatalement le public et la population d’Orthez tombera en affection avec les basketteurs de la Moutête : cette salle de marché couvert qui le surlendemain des matchs se transforme en son activité originelle : le commerce des volailles et des canards en particuliers.

Coin, Coin… vive le magret.


La Moutête sera désormais parmi les clubs de l’élite, l’un des points de différenciation et d’affection du public hexagonal de l’Elan Béarnais, ce club des campagnes où le basket est entrain de devenir un culte.

La notoriété grandissante du basket à Orthez prit son envol lors de la venue des Harlem Globe Trotters, la troupe newyorkaise d’Abe Saperstein, qui fut invitée au Pesqué.

Les clowns qui étaient de véritables grands joueurs prirent le cœur des ortheziens, bons vivants s'il en est, avec leurs pitreries si bien réglées et exécutées : Hubie Ausbie, Meadolark Lemon et surtout le petit dribbleur Marques Haynes laissèrent des traces durant des années en Béarn.

L’organisation de matchs de propagande notamment la venue de l’équipe de France Militaire en 1966, ou de la J A Vichy en 1970, finaliste de la Coupe des Coupes, alors équipe dominante en France4 provoqua un déclic certain vis à vis de ce sport qui parvenait à drainer 1 000 à 1 500 personnes régulièrement à La Moutète.5


Et les jeunes ?

Tot ou tard, le problème se serait posé :l’Elan de par son origine confessionnelle donc restreinte dans ses recrutements de jeunes recrues, manquait cruellement de joueurs dans les catégories inférieures, minimes, cadets et juniors; à la différence du club laic l’USO qui lui était pourvu en forces vives. Par ailleurs en 1970, tancés par la FFBB qui contraint les clubs de l’élite de se doter de sections jeunes, les dirigeants de l’EBO se virent contraints de penser au recrutement. L’idée d’une alliance avec l’USO survint, vite découragée par le refus des dirigeants de l' USO déjà contrariés par la permanente saignée de jeunes espoirs à laquelle l’EBO la soumettait depuis bien des années Evidemment les oppositions politiques firent le reste.

Exit la fusion .


Géants :

A cette époque le basket français manquait cruellement de pivots, la vitesse sera donc l’atout des équipes de haut-niveau . Il faudra attendre la venue du premier géant du Béarn et de l’équipe de France en 1971-72, né en 1948 et mesurant 2,12m il s’appelle Roger Duquesnoy,. En provenance du rugby de Cognac via l’Avant-Garde de Thumeries, leader de Fédérale, (que votre serviteur eut l’honneur de voire jouer à Pantin) il sera le premier grand avant lère Michel Gomez et l’arrivée du roumain de Cluj, Georghe Muresan âgé de seulement 22 ans et haut de ses 2,30m, en 1992.

Celui-ci laissera d’ailleurs la place l’année suivante, suite à son départ aux Washington Bullets de NBA à son compatriote Constantin Popa (2,18m 1971) qui ne restera aussi qu’une année en Béarn sans laisse autant de souvenirs impérissables comme ceux de Muresan qui aidera l’Elan des frères Gadoux à terminer en tête du championnat derrière l’inaccessible CSP Limoges du serbe Bozidar Maljkovic.

20-déc.-05

Pau Orthez Story 2

Toquey si gause2

Cete partie importante dans la compréhension de l’Histoire de L’Elan Béarnais, n’aurait pas pû exister, sans la gentillesse de Mr Arieumendy de l’EB Pau-Orthez, qui m’a fait connaître et offert ce livre merveilleux du jeune historien Thierry Roux.

La région d’Orthez bien enracinée au dessus du pays basque. A l’image de sa région chargée en histoire, l’Elan Béarnais tient sa force du fort enracinement de ses équipes via son club, dans le tissus social, économique et confessionnel orthézien . Indissociable de son terreau local, l’EBO ne disparaîtra pas tant que seront conservées ces magiques ingrédients humains, sociaux, éducatifs et sportif, propres à Orthez et sa région. Pour comprendre la longévité unique de l’EBP, on doit donc passer au préalable par une analyse de ce processus et événements historiques.

Des protestants et des catholiques, la gauche et la droite :

Le souvenir des guerres de religion, tujours vivant, et dans une certaine mesure entretenu, est un des aspects fondamentaux de la structure mentale orthézienne.

(Thierry Roux in l’Elan Béarnais : Du patronage aux grands d’Europe » Editions Covetti»

Le peuple, adopte la religion du Roi, poussa les catholiques à la colère, qui façonne depuis cette ère, les relations entre les deux communautés Cette décision entraîna le meurtrier épisode suivant :

Le 24 août 1569,(coïncidence avec la Saint Barthélémy ?), la ville d’Orthez fut reprise aux troupes papistes au prix du massacre de 3 000 catholiques par les protestants de Jeanne d’Albret, la mère d’Henri IV, celui qui osa se convertit au catholicisme.

Tout le passé, les racines du club ne se trouvent-elles pas dans cet éternelle lutte entre deux conceptions du monde qui opposèrent pendant longtemps, et aujourd’hui encore, ces deux communautés. Une sorte de cément finalement qui permit tout au long des débats internes à L’EBO de se constituer un socle fort de ses perpétuelles et vitales remises en cause, provoquées par le nécessaire car naturel débat démocratique ?. Celles qui permettent à toute organisation fortifiée de débats internes, d’avancer et de traverser les crises extérieures (crise économique) et intérieure (rivalités internes, essoufflement des résultats de l’équipe fanion) qui caractérise la vie sportive, économique et sociale d’un club de basket dans la France du 20e siècle. L’éducation considérée comme un instrument de contrôle social a toujours rendu les protestants-républicains méfiants, vis à vis de l’ordre établi et représenta par la mairie catholique-conservatrice et ses grands maires successifs, à savoir Charles Chesnelong maire de 1855 à 1870, puis Adrien Planté qui détint les clefs de la ville de 1883 à 1896, puis de 1900 à 1910.

L’imposition de la reprise en main par les institutions catholiques locales d’obédience municipales, des activités religieuses et surtout éducatives et scolaires, impulsa aux protestants de la ville, une soif d’indépendance et d’action concrète telle que le vieux principe : Toquey si gauses (touches si tu l’ose » s’en trouve véritablement illustré.

Des patronages avec un goût venu d’ailleurs

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Comme souvent dans la France des campagnes, le basket est venu du patronage en France, à l’image de l’Amérique où il apparu dans les vertes terres de Springfield, par un pasteur presbytérien du nom de James Naismith .

La rigidité presque obsessionnelle et peut être malséante imposée par le patronage catholique renforcé par la loi Falloux qui autorise toute personne du culte à ouvrir un établissement d’enseignement trouva sa dimension dans le lieu d’Orthez où s’opposèrent les uns et les autres par patronage et ballon interposé…La musique incluse par les protestants dans l’environnement du patronage Saint-Joseph (1870-1903), qui bientôt enfantera naturellement un club associatif, la Jeunessse sportive orthézienne, la JSO, (il; n’y avait pas encore de basketball),leur permit non-seulement de faire fi des souhaits du clergé de l’époque, mais aussi de se singulariser avec ce pied de nez à la communauté bien pensante des catholiques locaux..

Aujourd’hui la qualité de musique et de la fanfare, éléments moteurs à la réussite d’une équipe sportive, sont propres à l’équipe des supporters de L’Elan Béarnais Elle n’existe nulle part ailleurs à cet envergure du moins dans les terres de Pro A française.

De la JSO à L’Elan Béarnais, via l’US Orthez :

La loi de séparation entre L’Eglise et l’Etat donnera outre le départs de plusieurs frères pour l’Etranger, malgré elle, comme une impulsion à la concurrence entre le «  patro catho » l’USO et les prétendants à un autres club.

La JSO se transformera bientôt en U S Orthez, où bientôt Alain Larrouquis, futur templier du club, mouillera ses premiers maillots et lancera ses premiers coups de gueules comme une mama qui met au monde un enfant.

Les fondateurs et dirigeants de la JSO étaient plutôt d’opinions républicaines, virent naître le 13 décembre 1908, un nouveau club au sein du Patronage Saint-Joseph :l’Elan Béarnais.

Nous y sommes, ça sent désormais le basketball, le bon  « baské » du Sud-Ouest.

Ce sera l’objet du prochain numéro de février de Legendedubsket, si vous nous suivez le mois prochain,

Salut

 

 

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