L'EBO, l'Elan Bearnais de Pau Orthez, les racines

Publié le par Jean-Marie Tartane

Pau Orthez story1 et 2

Un autre Univers de basket:

Petite histoire du basketball de l'Elan Béarnais d'Orthez

Toquey si gauses (touches-y si tu l'oses )


Je suis en 1993, au stade Pierre de Coubertin à Paris. A cette époque là, le basket français était déjà largement encastré dans la tourmente financière où l'avait amené depuis 10 ans, la farouche concurrence européenne.

J'ai pris connaissance depuis quelques temps avec l'ascension des clubs français vers le top européen, notamment l'incontournable club de Limoges qui depuis 10 ans déjà, cumule stars, trophées nationaux et internationaux et bientôt déficit records.



Affamés:

Mais toute cette belle mécanique manque de charisme et de tendresse.

Ce besoin ressenti par tout spectateur et fan de basketball, est naturel et normal et il a besoin d'être comblé.

Soudain dans ce silence froid, meublé de spectateurs parisiens anonymes, itinérants et parfois même apatrides car ils ne sont « pas d'Ici », où les personnes sont plus à la recherche de sensations fortes telles que le show-business parisien doit leur procurer parce qu'ils paient, en ces rentables soirées de week end d'une des capitales du monde, les plus brillantes et achalandées d'animations, un bruit de clairon et de chants humains semblent s'infiltrer, à l'image d'un intrus non-désiré car non-habitué des lieus.

Ce qui est propre à cette salle parisienne qui manque d'âme, c'est qu'une heure avant le début d'un match qui doit opposer l'Elan Béarnais d'Orthez au Paris Saint Germain Basket, autrement dit ce qui à l'époque se faisait de mieux en la matière, on peut se trouver à une vingtaine de quidams exaspérant de solitude, à se regarder dans le blanc des yeux. C'est que l'on peut avant un match opposant les 2 premiers du championnat de France de basketball, entendre une mouche voler...jusqu'à l'arrivée éventuelle, grâce à l'effet du hasard du calendrier, d'un club fourni et embelli par la vraie magie des vrais supporters se substituant ainsi à ces jeunes « encourageurs artificiels» importés en catastrophe, de la section football du PSG, aux crânes rasés et aux inquiétants bras tendus comme le demandait Mussolini, et qui donc, par conséquent comme le Canada Dry, ont un goût de supporters, une odeur de supporters, mais ne sont en aucun cas, des supporters de basketball..

Pauvre Paris et pauvres parisiens

Le séisme physique et émotionnel va se produire:



Nourris

Comme une « garbure » cette soupe chaude béarnaise avec son confit d'oie, en entrée de cette future soirée mémorable, c'est le groupe de tête des supporters de l'Elan Béarnais d'Orthez qui arrive.

Des jeunes, des moins jeunes, des hommes, des femmes, des ouvriers, des agriculteurs, des employés, des cadres, et peut être même des directeurs, la société française y est représentée à l'image d'un kaléidoscope,comme statufiés par une éternelle joie de vivre dont le sourrire est le signe de ralliement et la joie de vivre le moteur.

Et là, tout le vide décor « sonore » et affectif qui meublait difficilement l'espace de cette minuscule salle de basket, indigne pour une ville somme toute bourgeoise de 4 millions d'habitants, et de cette importance financière, tout d'un coup va chambouler et se transformer.

Nos coeurs qui jusqu'à présent souffraient de solitude et de morosité, au point de ne plus oser regarder leur voisin, tellement ils ont honte de se trouver là comme des martiens, peut être finalement par hasard de badaud, vont s'ouvrir et s'éveiller aux rythmes des chants et fanfares.

Le Sud Ouest est là, on est cuit comme un magret de canard, rôti comme un poulet basquaise que Maité nous a confectionné , vernis comme un paté landais, ...salé comme un jambon acheté au marché couvertde la Moutète d'Orthez. Et tout cela en musique...

On va se régaler et se rappeler de cette soirée.

Chapeauté d'un large bêret noir, comme le porte Gagnaire; le chef cuistot qui "n'est pas d'ici", le Vert, couleur de l'espèrance en Orient comme en Occident, va désormais au début nous rendre daltonien, puis progressivement, nous envahir comme une toile de fond égayée de sonorités locales composées des chants, instruments et tout le reste, pour finalement nous pousser à rechercher sa présence à l'image d'un bateau égaré qui a besoin d'un point d'ancrage.

Petit parisien basketteur ou pas, plus jamais tu ne seras seul désormais grâce à la companie des joyeux humains de la Pau-Orthez Limited .

Au moment où les joueurs les frères Gadou en tête, entreront sur le terrain, suivis par le géant roumain Muresan et ses 2.30m qui lui aussi sourrit au public comme content d'être là, ce sera concert de fanfares et vivas qui prendront la place comme sur le banc des remplacants, aux traditionnels cris bestiaux que l'on entend dans les salles ordinairement « nourries ».



Mais par quelle magie, introuvable en ces terres parisiennes, ce club de basketball septuagénaire et qui a lutté pour se construire, bravant des courants contraires, qui reste unique en France dans son décorum, ses traditions si profondémment ancrées et reflètées, dans le comportement de ses adorables supporters, arrive-t-il à traverser les années, sans perdre une once de sa spécificité, sa force, composée comme une recette magique, égayée de piment d'Espelette, de ferveur, joie, travail, esprit de corps et éthique du sport.

C'est ce que je vais tenter de vous raconter au cours de cette arrosée de Jurançon, petite histoire du basketball de l'Elan Béarnais d'Orthez, l'EB Orthez appelé aujourd'hui, l'Elan Béarnais de Pau Orthez.

Champion de France de nationale 2 en 1973, l'année de sa reascension vers l'élite, puis vainqueur en 1984 de la coupe Korac, entrecoupé et suivi de plusieurs titres de champions de France, ce club indéniablement, fait partie du gratin des plus légendaires clubs français de basketball.

De Perpère le sage employé de banque, Larrouquis et Duquesnoy, en passant par Ortega, et les innénarables intérieurs Bisseni et Henderson que de chemin parcourru!


Tout rôti, tout cuit:

Vont-ils gagner malgrè toute cette ambiance qu'auparavant je n'avais jamais connue dans ces enceintes-arènes de basketball, que constituent désormais les stades de pro A?

Orthez va-t-il mettre, ainsi que le roi Henri IV enfant du Béarn, lui avait demandé le « PSG au pot « comme une poule nourrie au mais, sortie de son élevage,

Pas de quoi en faire un fromage (de brebis) de l'EBO?

Le PSG va-t-il être englouti comme un simple « pastis », ce gateau à l'anis qui caresse les estomacs béanais lors du dessert?

Toquey si gauses.

Aujourd'hui la salle a déménagé et la grande ville de Pau l'a emporté, amenant plus d'espace, car d'argent, mais nous l'espèrons tous préservant ce supplément d'âme confit pendant des années en ces lieus.

Tous les chemins mènent à Rome, et ceux de Saint Jacques de Compostelle passent par Orthez, car jamais, les dieux du basket n'ont abandonné ce club et cette petite ville qui comptait au début des années 70's, moins de 30 000 habitants.

Mais finalement si comme le loup qui a mangé l'agneau, le Basket Business a durant les années 90's, finalement mangé la Moutète, lui a fait rendre les armes, mais pas son âme...

Et c'est tant mieux.

Tournez la page SVP

Copyright Legendedubasket janvier 2006

Photos Basket News, L'Equipe Basket Magazine et site de Gérard Bouscarel avec son accord


20-déc.-05

Pau Orthez Story 2

Toquey si gauses


Cette partie importante dans la compréhension de l'Histoire de L'Elan Béarnais, n'aurait pas pu exister, sans la gentillesse de Mr Arcemendy de l'EB Pau-Orthez, qui m'a fait connaître et offert ce livre merveilleux du jeune historien Thierry Roux.

La région d'Orthez bien enracinée au dessus du pays basque. A l'image de sa région chargée en histoire, l'Elan Béarnais tient sa force du fort enracinement de ses équipes via son club, dans le tissus social, économique et confessionnel orthézien . Indissociable de son terreau local, l'EBO ne disparaîtra pas tant que seront conservées ces magiques ingrédients humains, sociaux, éducatifs et sportif, propres à Orthez et sa région. Pour comprendre la longévité unique de l'EBP, on doit donc passer au préalable par une analyse de ce processus et événements historiques.

Des protestants et des catholiques, la gauche et la droite :

« Le souvenir des guerres de religion, toujours vivant, et dans une certaine mesure entretenu, est un des aspects fondamentaux de la structure mentale orthézienne ».

(Thierry Roux in l'Elan Béarnais : Du patronage aux grands d'Europe » Editions Covetti»

Le peuple, adopte la religion du Roi, poussa les catholiques à la colère, qui façonne depuis cette ère, les relations entre les deux communautés Cette décision entraîna le meurtrier épisode du 24 août,(coïncidence avec la Saint Barthélémy ?) de l'année 1569 , quand la ville d'Orthez fut reprise aux troupes papistes au prix du massacre de 3 000 catholiques par les protestants de Jeanne d'Albret, la mère d'Henri IV, celui qui osa se convertir au catholicisme.

Tout le passé, les racines du club ne se trouvent-elles pas dans cet éternelle lutte entre deux conceptions du monde qui opposèrent pendant longtemps, et aujourd'hui encore, ces deux communautés. Une sorte de cément finalement qui permit tout au long des débats internes à L'EBO de se constituer un socle fort de ses perpétuelles et vitales remises en cause, provoquées par le nécessaire car naturel débat démocratique ?. Celles qui permettent à toute organisation fortifiée de débats internes, d'avancer et de traverser les crises extérieures (crise économique) et intérieure (rivalités internes, essoufflement des résultats de l'équipe fanion) qui caractérisent toute vie sportive, économique et sociale d'un club de basket dans la France du 20e siècle. L'éducation considérée comme un instrument de contrôle social a toujours rendu les protestants-républicains méfiants, vis à vis de l'ordre établi et représenté par la mairie catholique-conservatrice et ses grands maires successifs, à savoir Charles Chesnelong maire de 1855 à 1870, puis Adrien Planté qui détint les clefs de la ville de 1883 à 1896, puis de 1900 à 1910.

L'imposition de la reprise en main par les institutions catholiques locales d'obédience municipales, des activités religieuses et surtout éducatives et scolaires, impulsa aux protestants de la ville, une soif d'indépendance et d'action concrète telle que le vieux principe : Toquey si gauses (touches si tu l'ose » s'en trouve véritablement illustré.

Des patronages avec un goût venu d'ailleurs :

Comme souvent dans la France des campagnes, le basket est venu du patronage en France, à l'image de l'Amérique où il apparu dans les vertes terres de Springfield, par un pasteur presbytérien du nom de James Naismith .

La rigidité presque obsessionnelle et peut être malséante imposée par le patronage catholique encouragé par la loi Falloux qui autorise toute personne du culte à ouvrir un établissement d'enseignement trouva sa dimension dans le lieu d'Orthez où s'opposèrent les uns et les autres par patronage et ballon interposé?La musique insidieusement incluse par les protestants dans l'environnement du patronage Saint-Joseph (1870-1903), qui bientôt enfantera naturellement un club associatif, la Jeunessse sportive orthézienne, la JSO, (il; n'y avait pas encore de basketball),leur permit non-seulement de faire fi des souhaits du clergé de l'époque, mais aussi de se singulariser avec ce bien laïc, pied de nez à la communauté bien pensante des catholiques locaux..

Aujourd'hui la qualité de musique et de la fanfare, éléments moteurs à la réussite d'une équipe sportive, sont propres à la banda des supporters de L'Elan Béarnais Elle n'existe nulle part ailleurs à cet envergure du moins dans les terres de Pro A française.

Et c'est un manque.

De la JSO à L'Elan Béarnais, via l'US Orthez :

La loi de séparation entre L'Eglise et l'Etat donnera outre le départ de plusieurs frères pour l'Etranger, malgré elle, comme une impulsion à la concurrence entre le « patro catho » l'USO et les prétendants à un autre club.

La JSO se transformera bientôt en U S Orthez, où bientôt Alain Larrouquis, futur templier du club, mouillera ses premiers maillots et lancera ses premiers coups de gueules comme une mama qui met au monde un enfant.

Les fondateurs et dirigeants de la JSO étaient plutôt d'opinions républicaines, virent naître le 13 décembre 1908, un nouveau club au sein du Patronage Saint-Joseph :l'Elan Béarnais.

Le petit deviendra grand.

Nous y sommes, ça sent désormais le basketball, le bon « baské » du Sud-Ouest. Ce sera l'objet du prochain numéro de février de Legendedubsket, si vous nous suivez le mois prochain,



Salut

Photo ci dessus:la première équipe de l'EB Orthez en première division en 1973.

Publié dans Pau Orthez story

Commenter cet article

Tietie007 18/08/2009 10:21

Il est assez triste de voir l'Elan Béarnais et Limoges, les meilleurs ennemis du basket français, en Pro B, la fin d'une époque bénie pour le basket français !

Tietie007 14/05/2009 23:05

Moi je me souviens de l'Elan avec Hufnagel, qui met 9 tirs à 3 points contre le Real, je me souviens de l'Elan de Carter, ou de Schleffer, qui luttait contre le Maccabi Tel Aviv ... Après Limoges, voici le club de mes 20 ans qui tombe en Ligue 2 ...